On nous dit souvent qu’il faut une voiture pour faire la route des phares.
C’est faux. Et c’est une des rares fois où je le dis aussi sèchement.
Depuis Brest, on rejoint Lilia en tram puis en car, et on se retrouve face au plus haut phare d’Europe. Pas de parking à chercher, pas de créneau à négocier sur une route de campagne. Juste un ticket, un car, et l’océan au bout.
Voici comment faire.
La route des phares, c’est quoi exactement ?
C’est ce ruban de côte, dans le nord du Finistère, où les feux se répondent d’îlot en îlot.
Le phare de l’Île Vierge. Celui de l’Île Wrac’h. Ceux de l’Aber Wrac’h et de Lanvaon, qui servaient à aligner les navires dans le chenal. Chacun avait sa fonction, sa portée, son rôle dans une mécanique pensée pour empêcher les bateaux de finir sur les rochers.
Ici, on n’a pas construit des phares pour faire joli. On les a construits parce que les gens mouraient.
La route des phares se fait en voiture, en vélo, à pied — ou, comme je vous le propose ici, en car.
Et la nôtre commence à Lilia.
Le trajet, concrètement
Le tram jusqu’à la gare routière de Brest. Si vous logez à Ty’Brestoise, c’est à deux pas.
Puis le car BreizhGo ligne 920, Brest ↔ Plouguerneau, exploité par les Cars des Abers. Descendez à l’arrêt Plouguerneau Lilia.
Comptez une cinquantaine de minutes depuis Brest sur le service Express, un peu plus sur la ligne classique qui dessert davantage d’arrêts.
Quelques choses à savoir
- Le ticket s’achète à bord, auprès du conducteur. Prévoyez l’appoint — on vous le demandera. Sinon, le M-Ticket sur smartphone fonctionne aussi.
- Un ticket BreizhGo donne droit à une correspondance gratuite d’une heure sur le réseau Bibus. Autrement dit, votre tram brestois est compris. Gardez le ticket.
- Faites signe au conducteur à l’approche du car. Et signalez votre descente avant l’arrêt. Sur ces lignes-là, rien ne se fait automatiquement.
- Le dimanche, méfiance. Ces dernières années, l’arrêt Lilia n’était pas desservi le dimanche en période estivale. Vérifiez avant de partir.
🔗 Horaires et tarifs à jour : breizhgo.bzh — ligne 920
Lilia
Une centaine d’habitants.
Un dolmen, une église, un port. Et, posés au large, deux des plus beaux phares de Bretagne.
C’est petit. C’est censé être petit. On ne vient pas ici pour cocher des cases.
Le phare de l’Île Vierge
Depuis la pointe de Kastell Ac’h, à quelques minutes à pied de l’arrêt, la vue s’ouvre d’un coup. Deux phares, l’un contre l’autre.
Le premier date de 1845. Trapu, honnête, insuffisant.
Le second, achevé en 1902, mesure 82,5 mètres. C’est le plus haut phare d’Europe. Et le plus haut phare en pierre de taille du monde.
Quand on le voit depuis la côte un jour de vent, on ne se demande plus pourquoi il a fallu construire si haut.
⚠️ Peut-on visiter le phare ?
Non. Pas avant courant 2027.
L’intérieur du phare est fermé pour travaux. Vous ne monterez pas les 397 marches, et vous ne verrez pas l’escalier tapissé d’opaline bleue — l’un des rares au monde.
Je préfère le dire tout de suite plutôt que vous laisser faire le trajet pour rien.
Mais on peut y aller en bateau
L’approche de l’île reste possible en vedette. Et c’est là que je vous arrête, parce que c’est le point que tout le monde rate :
Les horaires de bateau changent tous les jours.
Pas « varient selon la saison ». Pas « peuvent évoluer ». Ils changent chaque jour, parce qu’ils suivent la marée. Un départ à 10h20 un mardi peut devenir 11h50 le mercredi. Ce n’est pas un train : c’est la mer qui décide.
Donc : réservez. Et vérifiez l’horaire du jour, pas celui que vous avez consulté la semaine dernière.
C’est le conseil le plus important de cet article, et c’est celui qu’on ignore le plus.
Les marées : ce n’est pas un détail
C’est le conseil que je répète le plus souvent, et celui qu’on suit le moins.
Regardez le coefficient et l’horaire avant de partir.
À marée basse, l’estran se découvre sur des centaines de mètres. Les rochers apparaissent, les mares se remplissent de crabes, et on aperçoit le menhir de Menozac’h — noyé à chaque marée haute, planté là il y a sept mille ans, quand la mer était encore loin.
À marée haute, vous verrez de l’eau. C’est très beau aussi. Mais ce n’est pas la même journée, et il vaut mieux choisir en connaissance de cause.
Où manger à Lilia
Deux adresses, voisines, toutes les deux sur la pointe, toutes les deux avec vue. Elles ne font pas du tout la même chose.
🦪 Maison Legris
20 Kastell Ac’h · tous les jours, 10h–22h · 02 98 04 56 87
Un bar à huîtres face à l’estran. On y vient pour les huîtres, évidemment — mais surtout, si vous voulez mon avis, pour les ormeaux, élevés ici même. Les rillettes d’ormeau sont l’une des choses les plus singulières que vous mangerez en Bretagne.
Belle carte de blancs. Terrasse. Simple et juste.
🍽️ Mémé Lilia
296 Kervenni Vraz · tous les jours, 12h–20h30 · 02 22 90 01 65
Cuisine bio, produits locaux, poisson pêché par le bateau de la maison. C’est la table de la pointe — celle qu’on réserve pour un vrai repas, et pour le coucher de soleil, qui depuis cette terrasse est difficile à égaler.
Réservez. Surtout l’été. Surtout le soir.