Aurélie and Henri take the Larde to the Brest harbor

Deux caps, une seule envie d'évasion : le Manoir de Kerozet à la campagne (Plouider, à 4 km de la mer) ou le Ty'Brestoise en ville (Recouvrance, Brest)

À la découverte de l'art en Bretagne : quand les chapelles deviennent des galeries d'art

Chaque été, les chapelles du Léon accueillent des artistes venus de Bretagne, de France et parfois de bien plus loin. Une façon originale de découvrir l’art en Bretagne, de visiter un patrimoine souvent méconnu et de vivre une expérience culturelle hors des sentiers battus.

Lorsqu’on évoque l’art en Bretagne, beaucoup imaginent spontanément les musées de Brest, Quimper, Rennes ou les grandes expositions estivales. Pourtant, certaines des plus belles découvertes artistiques ne se trouvent ni dans une galerie prestigieuse ni dans un musée renommé. Elles se cachent parfois au détour d’un chemin creux, derrière les murs de granit d’une petite chapelle ouverte seulement quelques semaines par an. C’est ce qui fait toute la richesse d’Arz e Chapelioù Bro Leon, un événement qui transforme chaque été les chapelles du Léon en véritables galeries d’art. Une rencontre inattendue entre le patrimoine breton, la création contemporaine et les visiteurs curieux, qu’ils soient habitants du Finistère ou voyageurs de passage.

Pour moi, cette manifestation fait partie de l’été depuis très longtemps. Avec ma mère, nous avons un petit rituel : autour du 15 août, lorsque l’événement touche à sa fin, nous prenons la voiture sans véritable itinéraire. Nous regardons la carte, nous essayons d’enchaîner le plus de chapelles possible avant leur fermeture, et nous nous laissons surprendre. Certaines années, nous en visitons une dizaine dans la journée. Nous ne savons jamais quel artiste nous allons découvrir, ni quel univers nous attend derrière chaque porte. C’est un peu notre chasse aux trésors de l’été. Et pourtant, après toutes ces années, cette édition m’a réservé une surprise différente.

Cette fois, je n’ai pas attendu notre traditionnelle tournée du 15 août. Grâce à ma passion pour la taille de pierre, j’ai été invitée à réaliser une démonstration à la chapelle de Lanorven, à Plabennec. Je pratique cette discipline en amateur depuis plusieurs années, notamment au sein d’une association de sauvegarde du patrimoine, et cette invitation m’a permis de vivre l’événement sous un angle complètement nouveau. Au lieu d’arriver simplement comme visiteuse, j’ai passé la journée sur place, à échanger avec les bénévoles qui font vivre ces lieux, à observer les visiteurs s’émerveiller devant les œuvres et à prendre enfin le temps de découvrir une chapelle devant laquelle je suis passée des centaines de fois sans jamais m’arrêter.

Car c’est peut-être là que réside la plus belle leçon de cette journée. Je suis originaire de Plouvien, j’ai effectué une partie de ma scolarité à Plabennec et cette route, je la connais par cœur. J’ai souvent aperçu les panneaux indiquant la chapelle de Lanorven, le musée de la Forge ou encore le musée des Coiffes bretonnes. Pourtant, comme beaucoup d’habitants, je remettais toujours cette visite à plus tard. Il aura fallu une démonstration de taille de pierre pour que je pousse enfin la porte de ce lieu chargé d’histoire. Comme quoi, il n’est pas toujours nécessaire de partir à l’autre bout du monde pour être dépaysé. Il suffit parfois de regarder autrement ce qui nous entoure.

À l’intérieur de la chapelle de Lanorven, je découvre les œuvres de Battulga Dashdor, artiste originaire de Mongolie et installé aujourd’hui à Rennes. Cette rencontre est probablement l’une des plus étonnantes de ma journée. Qui imaginerait trouver un artiste mongol dans une petite chapelle du Léon ? C’est précisément ce genre de surprise qui fait tout le charme d’Arz e Chapelioù. Son ouvrage Un Mongol en Bretagne résume parfaitement cette rencontre entre deux cultures. À travers son regard, la Bretagne devient presque un paysage asiatique. Les cormorans, les côtes rocheuses, les arbres façonnés par le vent et les paysages maritimes sont représentés avec une finesse exceptionnelle, inspirée des traditions picturales asiatiques. Chaque trait est réalisé à la main, avec une précision presque irréelle. En s’approchant des tableaux, on découvre une multitude de détails invisibles au premier regard. On m’explique qu’une seule œuvre peut demander plus d’une semaine de travail, et il suffit de quelques minutes d’observation pour comprendre l’immense patience que demande un tel niveau de détail.

En quittant Lanorven, je décide de prolonger la balade. C’est aussi cela que j’aime avec cette manifestation : elle invite à prendre les petites routes, à ralentir et à s’arrêter dans des endroits où l’on ne serait jamais allé autrement. Je rejoins alors la chapelle de Locmaria, toujours à Plabennec. L’ambiance y est totalement différente. Ici, l’univers de la céramiste Barbara Daeffler contraste avec la délicatesse des encres de Battulga Dashdor. Mammouths, scarabées géants, hippocampes, poulpes, renards ou encore boucs composent un véritable bestiaire fantastique. Chaque sculpture semble raconter sa propre histoire. Ce qui m’a particulièrement séduite est le travail de la matière. Les différentes couches de céramique créent un relief saisissant qui donne énormément de profondeur aux œuvres. Les jeux de textures dialoguent parfaitement avec les pierres anciennes de la chapelle. Une fois encore, le patrimoine devient un véritable partenaire de l’exposition, et non un simple décor.

Je poursuis ensuite vers un endroit que je n’avais encore jamais pris le temps de découvrir : la chapelle de Loc-Mazé, au Drennec. Là encore, je connaissais seulement les panneaux aperçus au bord de la route. Cette fois, je tourne. Les routes deviennent de plus en plus étroites, puis se transforment presque en chemins. Peu à peu, le bruit disparaît et laisse place au calme de la campagne. Au cœur de la vallée de l’Aber Benoît apparaît enfin cette magnifique chapelle nichée dans un véritable écrin de verdure. Avant même d’entrer, le lieu procure déjà une sensation de sérénité. À l’intérieur, je découvre les œuvres de Line Aressy. Son univers est lumineux, coloré et profondément apaisant. De grands arbres occupent la toile, tandis que de petits personnages semblent avancer, presque perdus au milieu d’une nature immense. Chacun est libre d’y voir sa propre interprétation, mais j’y ai personnellement retrouvé une belle réflexion sur notre place dans le monde. Face à cette nature généreuse et puissante, l’être humain retrouve toute son humilité. Les couleurs sont éclatantes, pleines de vie et d’optimisme, sans jamais perdre cette impression de calme qui accompagne toute la visite.

Au fil des années, je réalise que ce qui rend Arz e Chapelioù Bro Leon si particulier n’est pas seulement la qualité des artistes invités. C’est aussi la manière dont les œuvres dialoguent avec les lieux. Une exposition dans une chapelle n’a rien à voir avec une exposition dans une galerie contemporaine. La lumière naturelle traverse les vitraux et évolue au fil de la journée. Les murs de granit absorbent les bruits et créent une atmosphère presque méditative. Les volumes, les voûtes, les pierres patinées par les siècles donnent une profondeur supplémentaire aux œuvres. En tant que passionnée de patrimoine et de taille de pierre, je suis particulièrement sensible à cette harmonie. J’ai le sentiment que les artistes composent autant avec l’architecture qu’avec leurs propres créations. L’un ne va plus sans l’autre.

Si je devais donner un conseil aux voyageurs qui souhaitent découvrir une Bretagne plus confidentielle, je leur dirais sans hésiter de profiter de cet événement. Bien sûr, les plages de la Côte des Légendes, les phares ou les enclos paroissiaux font partie des incontournables du Finistère. Mais prendre une journée pour parcourir les petites routes du Léon, pousser la porte de quelques chapelles, discuter avec les bénévoles qui les ouvrent chaque été et découvrir des artistes venus parfois de l’autre bout du monde est une expérience tout aussi marquante. C’est une autre façon de voyager, plus lente, plus humaine et souvent beaucoup plus riche en émotions.

Cette journée m’a finalement rappelé une évidence. On pense souvent qu’il faut partir loin pour être surpris. Pourtant, je suis née ici. J’ai grandi ici. Je connais ces routes depuis mon enfance. Et malgré cela, elles continuent encore aujourd’hui à me faire découvrir des lieux que je n’avais jamais pris le temps d’explorer. Peut-être est-ce cela, finalement, le véritable voyage : apprendre à regarder autrement un territoire que l’on croyait connaître. Si vous aimez l’art en Bretagne, le patrimoine, les rencontres et les expériences hors des sentiers battus, alors prenez le temps de suivre les panneaux d’une petite chapelle ouverte. Derrière sa porte se cache peut-être votre plus belle découverte de l’été.

 

exposition art bretagne insolite
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Informations pratiques

Événement : Arz e Chapelioù Bro Leon (L’Art dans les chapelles du Léon).

Période : chaque année, du 15 juillet au 15 août.

Pourquoi y aller ? Pour découvrir des artistes contemporains dans des chapelles habituellement fermées au public, explorer le patrimoine du Léon et vivre une expérience culturelle originale au cœur du Finistère.

Mon conseil de locale : ne cherchez pas à tout voir. Entrez dans une chapelle au hasard, prenez la carte des chapelles, et des artistes, et laissez-vous guider par vos envies.  Sinon osez demander leur avis au gens que vous rencontrez, mais garder en tête l’art c’est subjectif. En Bretagne, les plus belles découvertes sont souvent celles que l’on n’avait pas prévues.

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