Chambres chez l'habitant dans le Finistère nord en bretagne

Il y a des matériaux qui traversent le temps sans vraiment s’abîmer. Et puis il y a ceux qui semblent presque faits pour lui résister. La pierre de Kersanton fait partie de ceux-là. Ici, en Bretagne, elle est partout… mais on ne la regarde pas toujours. Pourtant, elle a construit certains des ouvrages les plus impressionnants de notre littoral. Parmi eux, un géant : le phare de l’île Vierge. Un phare qui, depuis plus d’un siècle, affronte le vent, le sel, les tempêtes… sans jamais vraiment céder.

Et quand on comprend pourquoi cette pierre a été choisie, on ne la voit plus jamais de la même manière.

Moi, cette pierre, je ne l’ai pas découverte récemment.

Elle fait partie de mon histoire depuis bien plus longtemps. J’avais 14 ans quand j’ai participé à la semaine de la pierre avec Dany Sanquer, propriétaire de la carrière de Kersanton. C’est là que j’ai appris à tenir mon premier burin. À comprendre le geste, à sentir la matière, à ne pas simplement frapper, mais à accompagner la pierre.

Et puis la vie a suivi son cours. Les études, les compétitions, le travail… et, avec le temps, je me suis éloignée de la Bretagne. De ce lien aussi. J’avais toujours cette envie quelque part, mais je n’arrivais plus à retrouver cette synergie. Il a fallu attendre novembre 2023 pour que quelque chose se remette en place. La rencontre avec l’association Dason ar Mein, “l’écho des pierres”. Et là, naturellement, j’y suis revenue.

Au manoir, à ce moment-là, il manquait quelque chose de très simple : un panneau.

Parce que vous étiez nombreux à passer devant sans oser vous arrêter. Entre les ruines visibles depuis la route, les images qu’on voit à la télévision, et la peur de tomber sur quelque chose qui n’existe pas vraiment… je le comprenais. Alors j’ai taillé une pierre. La pierre de Kerozet. Pas parfaite, mais essentielle. Une pierre pour dire simplement : ici, il y a un lieu. Un projet. Une présence.

Avec le temps, j’ai aussi compris que ce n’était pas si simple de montrer ce que l’on fait. J’ai longtemps hésité à communiquer, à expliquer, à raconter. Comme si cela risquait d’abîmer quelque chose de plus fragile. Et finalement, j’ai appris à trouver un équilibre, à prendre confiance en notre projet, à s’affirmer un peu plus chaque jour.

Kersanton, le retour pour le second gite qui se contruit un peu en même temps que le premier.

Aujourd’hui, je vais plus loin. Je choisis deux pierres de Kersanton pour réaliser deux jambages. Un détail en apparence. Mais pas tant que ça. Parce que cette pierre, celle qui a tenu face à la mer au phare de l’île Vierge, porte en elle quelque chose de durable, de solide, d’ancré.

Évidemment, autour de moi, il y a des doutes. Ma mère, comme souvent, n’est pas convaincue. Elle doute que ce soit joli. Et au fond, c’est normal. Une maman doute toujours des choix que l’on fait. Mais avec le temps, j’ai appris que tout le monde ne voit pas les choses de la même manière. Que chacun a sa propre vision, sa propre compréhension. Et que juger est souvent plus simple que de construire. Parce qu’en réalité, il n’existe pas de beauté éternelle. Ce qui était beau hier ne l’est plus forcément aujourd’hui. Et ce qui semble étrange aujourd’hui pourra devenir évident demain.

Alors construire, rénover, transformer… ce n’est pas chercher à plaire à tout le monde. C’est faire des choix. Les assumer. Et avancer avec.

Dans le projet des futurs gîtes, cette réflexion est bien présente. Utiliser des matériaux qui ont du sens. Qui durent. Qui racontent quelque chose du territoire. La pierre de Kersanton en fait partie. Pas comme un effet de style. Mais comme une continuité. Entre ce que j’ai appris à 14 ans… et ce qui prendra forme ici, à Kerozet, dans les années à venir. Peut-être que vous ne taillerez jamais de pierre. Mais peut-être qu’un jour, en passant ici, vous en verrez une, vous la toucherez, et vous comprendrez pourquoi elle est là.

Parce qu’en Bretagne, même les pierres ont une histoire, et rien de mieux qu’une pierre pour laisser une trace de son passage.

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