Chambres chez l'habitant dans le Finistère nord en bretagne

Certaines personnes découvrent un territoire grâce à une application.
D’autres grâce aux panneaux ou aux guides de randonnée.

Moi, j’ai appris les chemins autrement. À cheval.

Quand j’étais adolescente, je pratiquais l’endurance équestre en compétition. Entre mes 13 ans et mes 30 ans, une grande partie de mon temps libre se passait sur les sentiers du Finistère. À cette époque, parcourir jusqu’à 90 km dans une journée faisait simplement partie de l’entraînement. Ces longues heures dehors, été comme hiver, m’ont amenée à traverser une immense partie du territoire breton, parfois par des itinéraires que très peu de gens empruntent aujourd’hui.

C’est dans ces années-là qu’est née une relation très particulière avec les chemins.

À force de parcourir les mêmes secteurs, mais aussi d’en découvrir constamment de nouveaux, j’ai développé une capacité que j’ai encore du mal à expliquer aujourd’hui : lorsque je fais un itinéraire une fois, il reste généralement enregistré dans ma tête. Pas uniquement comme un tracé. J’en garde aussi le relief, les sensations, les repères visuels, la manière dont le terrain réagit après la pluie, les portions agréables à parcourir, les passages plus compliqués ou les petits chemins presque invisibles que l’on ne remarque même pas lorsqu’on roule trop vite.

Petit à petit, cette immense carte mentale s’est construite naturellement.

Le nord Finistère est probablement la partie que je connais le mieux. Entre Landerneau et Pointe Saint-Mathieu, en passant par la côte nord, les terres, les vallées, les chemins agricoles, les sentiers côtiers ou les petites liaisons discrètes entre communes, il existe peu d’endroits où je n’ai jamais mis les pieds. Les secteurs autour de l’Aber Benoît, des environs de Plouvien, de Lilia, de Portsall ou encore de Kerlouan font partie des paysages avec lesquels j’ai grandi.

Mais avec les années, cette connaissance s’est étendue bien au-delà du nord du département. Je garde aussi en mémoire des itinéraires dans le centre Bretagne, sur la côte sud, dans les Monts d’Arrée ou dans d’autres régions françaises (bretagne, isére, aveyron….). Les compétitions et les voyages m’ont également menée ailleurs dans le monde, notamment en Afrique du sud, au Costa Rica ou en Chine. Et même des années plus tard, certains chemins parcourus là-bas me reviennent encore avec une précision étonnante.

Au Manoir de Kerozet, cette connaissance du territoire fait aujourd’hui naturellement partie de l’accueil que nous proposons aux voyageurs.

Nous recevons régulièrement des personnes à vélo, à pied ou en itinérance qui arrivent parfois sans véritable plan précis pour la suite de leur voyage. Certains suivent un itinéraire défini depuis des semaines. D’autres improvisent complètement au fil des rencontres, de la météo ou de leur fatigue du moment. Et en Bretagne, il suffit parfois d’un vent de face, d’une étape trop ambitieuse ou d’une journée de pluie pour qu’un trajet prévu sur une carte devienne beaucoup plus compliqué que prévu.

C’est souvent à ce moment-là que les cartes IGN apparaissent sur la grande table du séjour ou sur la table de pique nique dans le jardin.

Une discussion commence alors autour des chemins, des distances, des reliefs ou des portions plus agréables à parcourir. Très rapidement, les itinéraires se dessinent presque instinctivement dans ma tête. Une boucle de 30 kilomètres avec peu de dénivelé. Une liaison plus rapide vers Brest. Un passage plus sauvage en longeant la côte. Un itinéraire plus roulant pour éviter de finir la journée épuisé. Ou simplement un joli détour pour découvrir un endroit que les guides touristiques ne mentionnent presque jamais.

Parfois, je trace directement l’itinéraire sur la carte.
Parfois, je photocopie un secteur entier pour que les voyageurs puissent repartir avec un support papier dans leurs sacoches. Et parfois, la conversation dure beaucoup plus longtemps que prévu, parce qu’elle finit par dériver vers les légendes locales, les anciens chemins de goémoniers, les criques cachées ou les endroits que l’on découvre uniquement lorsqu’on accepte de sortir un peu des itinéraires classiques.

Au fond, accueillir des voyageurs ici ne consiste pas uniquement à proposer un hébergement.

C’est aussi partager une connaissance du territoire acquise au fil des années, des kilomètres parcourus et des chemins explorés presque quotidiennement depuis l’adolescence. Une manière plus instinctive de voyager, plus lente aussi, où le trajet compte parfois autant que la destination elle-même.

Et peut-être que c’est précisément ce que certains voyageurs viennent chercher ici sans forcément le savoir : quelqu’un qui connaît encore les chemins autrement qu’à travers un écran.

D’ailleurs voici ce que j’envoie à nos amis cyclistes pour qu’ils évitent la facilité du GPS qui leur fait prendre une grande route dangereuse avec une pente à 12%

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