Chambres chez l'habitant dans le Finistère nord en bretagne

J’ai toujours aimé redécouvrir les lieux avec les yeux de quelqu’un du coin. Un territoire change complètement quand quelqu’un qui y a grandi, commence à raconter les histoires, les chemins, les souvenirs.

Les paysages ne sont plus seulement beaux. Ils deviennent habités.

J’ai déjà parcouru une partie de ce territoire à cheval, et j’ai eu la chance de rencontrer des anciens qui racontaient leur vie ici. Ces moments-là valent souvent plus que n’importe quel guide touristique. Parce que derrière chaque chemin, chaque maison, chaque colline, il y a une histoire. C’est exactement ce qu’il s’est passé lors d’une virée dans les Monts d’Arrée avec une amie originaire d’un petit village près de Berrien.


Toul Krougou, une entrée en matière lugubre

Notre première histoire se fait au lieu-dit : Toul Krougou. Si tu n’es pas bretonnant, le nom peut presque faire sourire. Mais sa signification est des plus lugubres : le trou de l’assassin. Une belle entrée en matière. Parce qu’ici, nous sommes dans le pays de l’Ankou, le faucheur des légendes bretonnes. Dans les Monts d’Arrée, les histoires de l’Ankou ne sont jamais très loin. Certains racontent même que ces terres seraient l’une des portes de l’enfer.

Autant dire que l’ambiance est posée.

Nous ne nous attardons pas trop près des enclos.

Et soudain, les Monts d’Arrée apparaissent devant nous.


La stèle du cheval inconnu

En roulant, mon amie me raconte l’histoire de la stèle du cheval inconnu. Quand elle était plus jeune, elle venait parfois l’entretenir. Cette stèle a été installée à l’initiative d’une personne qui souhaitait rendre hommage à tous les chevaux sacrifiés pendant la guerre, un peu comme la stèle soldat inconnu à Paris.

Un hommage discret, mais profondément touchant.

Parce qu’on oublie souvent que les chevaux ont eux aussi payé un lourd tribut pendant les conflits.


Une montagne bretonne

Un peu plus loin, on aperçoit le Mont Saint-Michel de Brasparts culminant à 380 mètres (en haut du clocher)

Alors oui, ailleurs on appellerait peut-être ça une colline. Mais en Bretagne, on est quand même fiers d’avoir une montagne. Et dans les Monts d’Arrée, la sensation d’espace est bien réelle.

Les paysages sont ouverts, parfois sauvages, et on comprend vite pourquoi ces terres ont nourri tant de légendes.


Une crêperie qui a gardé son âme

Nous passons ensuite par La Feuillée, où se trouve l’une de mes crêperies préférées. J’aime cet endroit parce qu’il a gardé un vrai esprit d’autrefois. Dans ce coin des Monts d’Arrée, il y a aussi beaucoup de maisons secondaires, souvent anglaises. Alors ce n’est pas impossible d’entendre l’anglais. Et malgré la beauté du paysage, je ne peux pas m’empêcher de ressentir un petit pincement en voyant autant de maisons fermées une grande partie de l’année.

Faute d’emplois, certains villages se vident doucement.

Mais la vie continue malgré tout.


Les lignolets, un détail du pays de l’ardoise

Mon amie me fait ensuite découvrir une maison cachée au bout d’un chemin de terre cahoteux. En levant les yeux, je remarque de petites sculptures au sommet du toit.

Des lignolets.

Si tu ne connais pas ce mot, c’est normal. Ici, nous sommes dans le pays de l’ardoise. Les toits sont traditionnellement couverts d’ardoises de pays, et les lignolets sont ces petites sculptures que l’on place sur les faîtières. Des détails discrets, mais qui racontent toute une tradition. Des choses que l’on ne voit que lorsque quelqu’un prend le temps de vous les montrer.

Mais elle nous a aussi raconté que cette maison perdue dans la forêt fut un refuge pour la résistance qui était très active dans les monts du rock Tredudon. Lors d’une attaque, il y aurait eu 2 morts.


Les souvenirs d’école

Nous passons ensuite par son village. Aujourd’hui, il a été entièrement réhabilité, avec de belles restaurations.

En marchant dans les rues, elle me raconte comment elle allait à l’école à pied, par ces chemins. Tout à coup, le paysage prend une autre dimension. Les lieux ne sont plus seulement des villages.

Ils deviennent des souvenirs.


Une pause au librairie-café de Huelgoat

Nous faisons ensuite une halte à la librairie-café L’Autre Rive, au lieu-dit Restidou à Berrien. Un lieu où le temps semble ralentir. Entouré de livres, avec la forêt tout autour, on s’y sent bien. On y est resté un peu plus longtemps que prévu.

Nous aurions volontiers fait une balade dans le chaos rocheux de la forêt de Huelgoat, mais nous étions attendues ailleurs.

L'autre rive, huelgoat, chaos, café-libraire dans la foret

Le bar mythique de Plouyé

Direction le mythique bar de Plouyé. Il a perdu sa terre battue lors d’un incendie, mais il a gardé son charme.

C’est devenu un vrai repère. Ce soir-là, nous y avons rencontré un couple franco-ivoirien de passage, et j’ai lancé la conversation. Henri ayant de bon et mauvais souvenir de la Cote d’Ivoire …. la connexion s’est faite très vite.

Encore une de ces rencontres improbables que l’on fait souvent dans ces endroits où les gens prennent le temps de discuter.


Découvrir un territoire autrement

En rentrant, je me suis dit quelque chose de simple. On peut visiter un territoire seul. Mais on ne le comprend vraiment que lorsqu’on le découvre avec quelqu’un qui y a vécu.

C’est souvent comme ça que l’on découvre les plus beaux détails.

Un chemin oublié.
Une histoire racontée par un ancien.
Une maison cachée au bout d’un chemin.
Ou une crêperie qui a gardé son âme.

Et dans les Monts d’Arrée, ces histoires sont partout.

Surtout quand on prend le temps de les écouter.

Merci @yvonne de la crêperie st Goulven de nous avoir partagé un bout d’histoire !

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