Mon Nikon a plus de dix ans, et pourtant, j’ai l’impression de le redécouvrir aujourd’hui.

Je l’ai longtemps emmené partout avec moi. À cheval, sur les chemins, dans des coins improbables. Il m’a suivi dans des moments de vie intenses, jusqu’à voir certaines de mes photos publiées dans des articles, et même m’emmener à l’autre bout du monde lors de compétitions. Puis il y a eu le déménagement, le passage de l’appartement Ty’Brestoise au Manoir de Kerozet, les travaux, les projets… et sans vraiment m’en rendre compte, je l’ai rangé. Longtemps. Trop longtemps.
Entre-temps, j’ai pris l’habitude du téléphone. Plus rapide, plus simple, toujours sous la main. Mais en retrouvant mon appareil, quelque chose m’a sauté aux yeux : ce n’est pas du tout le même regard.
Lors de ma première séance photo, un matin d’hiver au lever du soleil, j’ai fait la comparaison. Sans aucune retouche, l’appareil captait toutes les nuances de couleur, les dégradés subtils du ciel, les lumières froides qui se réchauffent doucement. Le téléphone, lui, donnait presque un flou artistique, comme s’il lissait la scène, comme s’il interprétait au lieu de simplement montrer.

La deuxième séance, sur l’eau, m’a encore plus frappée. La beauté de notre paysage se révèle bien plus avec l’appareil. Le vent jouait avec les forts coefficients de marée haute, la mer se déchaînait, et tout prenait du relief. Ce côté brut, sauvage, presque indomptable de la côte… ressortait pleinement. Là où le téléphone adoucit, l’appareil, lui, raconte vraiment ce qu’il se passe.
Alors oui, mon objectif est abîmé. L’autofocus ne fonctionne plus, je suis obligée de faire le point manuellement, et forcément, il y a plus de photos ratées qu’avant. Mais au fond, ce n’est pas plus mal. Ça m’oblige à ralentir, à observer, à prendre le temps. Et les photos réussies ont une saveur particulière.
Et puis, il y a aussi celles qu’on ne prévoit pas. Comme cette petite photo de Thayla, qui se languit déjà de vos caresses, toujours là pour accueillir, toujours prête à partager un moment.
Finalement, reprendre la photo, ce n’est pas juste ressortir un appareil. C’est retrouver une manière de regarder.