Les travaux sur la maison, c’est de la rénovation !

Lorsque nous avons acheté cette maison, nous ne cherchions pas à lancer un projet hors norme ni à nous embarquer dans une aventure spectaculaire. Nous voulions simplement un lieu de vie qui nous ressemble, un endroit avec du caractère, que nous pourrions faire évoluer à notre rythme, en prenant le temps de bien faire les choses. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la maison était déjà habitable lorsque nous sommes arrivés. Les anciens propriétaires avaient réalisé un travail important entre 2013 et 2020, ce qui nous permettait de nous installer sans tout reprendre. Cependant, comme souvent dans ce type de rénovation, il restait tout ce qui ne se voit pas immédiatement, c’est-à-dire les finitions, les ajustements et les améliorations nécessaires pour que le lieu devienne réellement confortable et sécurisé.
Nous avons donc commencé par là, en reprenant progressivement les éléments qui en avaient besoin. Nous avons retravaillé une partie de l’électricité, ajusté la plomberie et immédiatement créé une cuisine, car c’est une pièce importante pour moi. Nous avons également repris certaines peintures et amélioré des détails qui, mis bout à bout, transforment profondément un lieu. La seconde salle de bain est devenue notre martyre de chantier, commencée en 2021, elle n’est toujours pas finie (ne le faites pas remarquer à Henri, il deviendrait grognon).
L’un des chantiers les plus marquants a été celui de l’escalier situé dans la tourelle en pierre. Cet escalier existait déjà, mais il était devenu instable au fil du temps et ne garantissait plus une utilisation sereine (et surtout, il manquait un palier et deux ou trois marches pour accéder au grenier). Nous avons donc choisi de le reprendre entièrement, ce qui nous a amenés à retravailler également toute la maçonnerie de la tourelle. Aujourd’hui, cet escalier est neuf et la structure qui l’entoure est à nouveau solide.

La grange et l’atelier : nous avons changé une toiture fatiguée et repris presque toute la charpente.
Pendant que nous avancions sur la maison, nous avons également rénové une grange et un atelier afin de pouvoir travailler dans de bonnes conditions et stocker nos matériaux à l’abri. Ces étapes nous ont pris du temps, car nous avons fait le choix de réaliser nous-mêmes la majorité des travaux (dont la charpente et la couverture). Ce temps, loin d’être une contrainte, nous a permis de mieux comprendre le lieu dans son ensemble. En parallèle, nous avons observé les ruines présentes sur le terrain, sans chercher à intervenir immédiatement. Nous avons ressenti le besoin de les lire avant de les transformer, de comprendre leur histoire avant de prendre des décisions.

Photo en 2013
Peut on parler encore de rénovation ?
Très rapidement, nous avons compris que ces ruines n’étaient pas simplement dégradées par le temps, mais qu’elles avaient également été profondément modifiées lors de l’indivision de la propriété. Une partie de ce qui faisait leur caractère avait disparu, notamment les deux portes cintrées au sud, qui avaient été prélevées puis réinstallées dans une maison neuve. Certaines pierres avaient également été retirées, ce qui avait créé des déséquilibres dans les murs. À plusieurs endroits, des reprises de maçonnerie avaient été réalisées sans souci d’esthétique ni de respect du bâti d’origine. Ces éléments donnaient au lieu un aspect fragmenté, comme si une partie de son identité avait été dispersée.
En prenant le temps d’observer, nous avons également découvert des traces d’événements plus inattendus. Une cheminée s’était effondrée après qu’un cheval, lors d’un poulinage, avait heurté la structure, provoquant la chute du linteau. Ce linteau existe encore quelque part sur la propriété, mais il est aujourd’hui difficile de savoir où il se trouve exactement. D’autres parties du bâtiment se sont effondrées de l’intérieur sans que cela soit visible depuis l’extérieur, ce qui rend l’accès à ces zones particulièrement dangereux. La tempête Ciarán storm 2023 France est également venue fragiliser certaines structures déjà instables, accentuant encore la complexité du lieu.




Ces ruines relèvent presque de la reconstruction.
Face à cette réalité, il est devenu évident que nous ne pouvions pas aborder ce projet comme une rénovation classique. Rénover suppose que l’on puisse s’appuyer sur une structure existante et suffisamment stable pour être restaurée. Or, dans notre cas, de nombreux éléments avaient disparu. À certains endroits, ces murs tenaient encore, mais leur équilibre était précaire et pouvait être remis en cause à tout moment.
C’est notamment le cas de la façade située au sud, qui repose aujourd’hui sur une seule rangée de pierres, alors qu’une grande partie de sa structure arrière a disparu. Cette situation représente un risque réel d’effondrement et constitue l’une de nos priorités. Cependant, plutôt que de chercher à conserver à tout prix cet état fragile, nous avons choisi de considérer cette contrainte comme une opportunité. Si ce mur doit être démonté pour être sécurisé, alors cela nous offre la possibilité de repenser l’ouverture à cet endroit précis.
À l’origine, une porte cintrée se trouvait à proximité, mais elle a été retirée. Plutôt que de tenter une reproduction à l’identique (n’ayant qu’une vague idée de l’emplacement de la porte modèle) , nous réfléchissons à la manière de recréer une ouverture qui respecte l’esprit du lieu tout en s’inscrivant dans notre propre patte. Cette réflexion nous amène à sortir du cadre strict de la rénovation pour entrer dans une logique de création. Nous ne cherchons pas uniquement à restaurer ce qui existait, mais à prolonger l’histoire du bâtiment avec les moyens et les idées d’aujourd’hui.
Le travail de la pierre prend ici une place centrale. En réalisant nous-mêmes certains éléments, comme des jambages en kersanton, nous apportons une dimension artisanale et personnelle au projet. Chaque pièce travaillée devient une manière de dialoguer avec le lieu, de s’inscrire dans sa continuité. Cette approche nous permet de ne pas figer le bâtiment dans une époque, mais de se l’approprier.






Des murs couchés que l’on remonte entièrement en pierre !
Actuellement, nous travaillons sur l’une des dépendances qui a été totalement couchée par les anciens propriétaires. À ce stade, la question ne se pose même pas. Certains nous conseillent d’opter pour du parpaing avec un mur de parement, mais ce n’est pas le choix que nous avons fait. Nous préférons remonter un mur en pierre, dans la continuité de ce qui existait.
Ce choix demande plus de temps, plus de technique et une vraie implication, mais il apporte aussi quelque chose de particulier. Il y a la complexité, bien sûr, mais aussi une forme de satisfaction, presque de détente, dans le fait de voir le mur se reconstruire pierre après pierre.
D’autant plus que ce mur se situe très proche de la maison, à environ cinq mètres de l’angle de la façade. Il capte donc immédiatement l’attention des voyageurs. Ils ne voient pas seulement un mur en train de se construire, ils assistent à une transformation, à un geste qui redonne du sens au lieu.
Une histoire qui évoluent avec vous en direct !
Les personnes qui viennent séjourner chez nous découvrent ce lieu dans cet état de transformation. Elles ne voient pas un projet terminé, mais un projet en cours, ce qui suscite souvent des échanges et des questions. Certaines arrivent sans s’y attendre, puis prennent le temps de comprendre en observant les détails, en feuilletant les albums photos ou en discutant avec nous. Elles découvrent alors l’évolution du lieu, les étapes déjà franchies et celles à venir.
Au final, la question de savoir s’il s’agit d’une rénovation ou d’une reconstruction reste ouverte. Le projet se situe quelque part entre les deux. Certaines parties sont restaurées, d’autres sont entièrement recréées, et l’ensemble évolue en permanence. Ce qui compte, au fond, ce n’est pas tant la catégorie dans laquelle on classe ce travail, mais la manière dont il permet au lieu de continuer à exister.
Venir ici, ce n’est donc pas seulement découvrir un endroit, mais comprendre un processus. C’est voir un lieu en train de se transformer, observer les choix qui sont faits et les traces qui se superposent. C’est aussi accepter que tout ne soit pas terminé, et que c’est précisément ce qui fait la richesse de l’expérience.
« Rénover un manoir en ruine en Bretagne, ce n’est pas seulement un chantier, c’est une manière de redonner vie à un lieu chargé d’histoire »